Les infirmières praticiennes et les infirmiers praticiens

« Je DOIS faire une remontée…. »

Debra Bathgate IA (IP), infirmière praticienne en soins primaires qui travaille actuellement à l’unité de médecine familiale du Regina General Hospital, fait part des raisons qui l’ont menée à devenir infirmière praticienne et de son cheminement.

Ma décision de devenir infirmière praticienne a été une idée floue pendant des années! Cela a commencé en 1995 à 2 h 30 tandis que j’allais voir un de mes patients à l’unité des soins intensifs. Comme je regardais cet homme dormir dans le lit, je ne pouvais m’empêcher de songer au fait que son grand-père avait été un de mes premiers patients à l’unité des soins intensifs et qu’il s’agissait du même lit. Depuis ce temps, j’avais également soigné son père qui avait, lui aussi, occupé ce lit à l’unité des soins intensifs! J’avais soigné trois générations dans ce lit!

Deux pensées me vinrent à l’esprit :
Je faisais ce travail depuis TROP LONGTEMPS et je DEVAIS faire une remontée, pour tenter de prévenir les maladies du coeur qui affligeaient chaque génération successive 10 ans plus tôt que pour la génération précédente. Je devais essayer d’empêcher ces gens de se retrouver dans un hôpital.

Après mûre réflexion et une certaine recherche, j’ai commencé ma longue aventure à titre « d’étudiante adulte » dans le programme d’études avancées d’infirmière clinicienne du Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology. Il s’agit aujourd’hui du programme d’infirmière et d’infirmier praticiens en soins primaires qui est le seul programme d’infirmière et d’infirmier praticiens en Saskatchewan approuvé par la Saskatchewan Registered Nurses Association.

« Il faudra d’abord qu’on me passe sur le corps »

J’avais travaillé pendant plus de 20 ans dans un petit hôpital de Weyburn. Mon employeur me fournissait un appui financier et moral et des congés non payés pour effectuer des visites cliniques dans le cadre de mon programme d’études avancées d’infirmière clinicienne. Les dirigeants faisaient une progression vers la prestation d’autres services dans le district de santé et ils me rassuraient souvent en me disant qu’il y aurait des postes à pourvoir pour moi et d’autres infirmières et infirmiers praticiens. Ces assurances m’encourageaient à persévérer dans ce programme long et difficile. Au cours du mois pendant lequel j’ai terminé mon programme, et sans qu’il n’y ait de poste disponible pour une infirmière praticienne dans la communauté, un médecin qui travaillait à Weyburn avait dit à mon ami : « Avant qu’une infirmière praticienne ou un infirmier praticien ne travaille ici, il faudra d’abord me passer sur le corps! »

J’ai terminé le programme en octobre 2000, un mois après que mon fils aîné est entré à l’université! J’ai été fortunée d’obtenir un poste comme infirmière praticienne en soins primaires dans l’unité de médecine familiale à Régina en février 2001, tandis que le titre d’infirmière praticienne ou d’infirmier praticien n’était toujours pas légal en Saskatchewan.

En fait, je suis très reconnaissante que le médecin ait partagé ses sentiments avec mon ami puisque cela m’a motivée à postuler le poste de j’occupe présentement à Régina. Après avoir travaillé pendant près de six ans à Régina comme infirmière praticienne en soins primaires, le médecin qui avait fait la remarque « il faudra d’abord qu’on me passe sur le corps » était toujours exubérant et vigoureux et il n’y avait toujours pas de poste disponible comme infirmière praticienne ou infirmier praticien dans la communauté.

En 2001, après beaucoup de consultation et de participation de la part de tous les intervenants, y compris bon nombre d’infirmières et d’infirmiers comme moi, des modifications à l’article 24 de la Registered Nurses (RN) ACT, 1988, ont permis de réglementer le rôle de l’IA (IP) en Saskatchewan. Les phrases les plus importantes comprenaient même certaines de mes formulations. Mais, on était encore loin d’obtenir une reconnaissance officielle.

En 2003, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) a reçu une portion du fonds fédéral de transition des soins de santé primaires pour faciliter l’intégration de l’infirmière et de l’infirmier praticiens (IP) dans le système des soins de santé et pour créer des mécanismes et des processus afin d’appuyer l’intégration et de maintenir le rôle de l’IP. L’initiative canadienne sur les infirmières et infirmiers praticiens (ICIIP) avait été créée. Bon nombre d’IA et d’IP de la Saskatchewan ont participé aux entrevues, aux groupes de travail et aux réunions des intervenants de l’ICIIP. On m’a interviewée à cinq reprises.

(J’ai eu le privilège de participer à la réunion de l’ICIIP regroupant de multiples intervenants qui s’est tenue à Ottawa en juin 2005. L’ICIIP avait publié son rapport intitulé « Les infirmières et infirmiers praticiens : le temps est arrivé – Une solution pour améliorer l’accès aux soins et réduire les délais d’attente au Canada » à l’occasion du congrès biennal de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada à Saskatoon le 20 juin 2006. Évidemment, je devais être présente!)

En septembre 2003, moi et d’autres IP potentiels qui travaillaient comme infirmières et infirmiers en soins primaires avions reçu des lettres de la Saskatchewan Registered Nurses’ Association (SRNA) qui décrivaient un processus de demande élaboré. Cela faisait partie de plusieurs modifications et de longs formulaires que des infirmières et des infirmiers comme moi avaient soumis au cours du processus d’obtention d’une licence d’IP.

Le 25 mars 2004, j’ai reçu une lettre de la SRNA qui accusait réception de tous les documents nécessaires pour ma demande d’obtention d’une licence d’IA(IP) avec seulement un dernier formulaire à remplir et à retourner à la SRNA!

Finalement, le 30 avril 2004 à environ 10 h du matin, tous les règlements administratifs nécessaires ont servi a édicter une loi par la Parlement en présence du personnel clé de la SRNA! Une heure plus tard, un membre du personnel de la SRNA m’a téléphonée pour m’annoncer une BONNE NOUVELLE – j’étais maintenant officiellement une IA(IP). J’ai été la quatrième parmi 9 IP à obtenir une licence dans la province ce jour-là!

J’ai célébré l’occasion avec les médecins, les infirmières et infirmiers, les travailleurs sociaux et les membres du personnel qui travaillaient avec moi!

Aujourd’hui, une infirmière ou un infirmier peut obtenir sa licence à titre d’IA(IP) en soumettant une demande après avoir réussi le programme d’IP, en satisfaisant à toutes les exigences d’IA de la SRNA, et les heures pratiques, en réussissant l’examen national pour les IP en soins primaires (tous âges) et en payant les frais. En 2006, il y a 85 IP en Saskatchewan et 6 infirmières et infirmiers avec des licences d’IP en instance.

« J’ai réellement aimé participer au comité sur l’examen d’IP de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada pendant deux séances, soit en décembre 2003 et en décembre 2004. Ce fut une excellente expérience d’apprentissage et une formidable introduction au réseautage avec d’autres IP de partout au Canada. »

À quoi ressemble le travail d’une infirmière praticienne ou d’un infirmier praticien…

Mon rôle actuel est en constante évolution. Je travaille au sein d’une unité de formation à la médecine familiale très occupée. J’adore l’environnement! Je vois des patients sur rendez-vous au moins quatre fois par semaine. Je me concentre sur les maladies et les blessures communes mineures et la gestion des états chroniques stables. Chaque jour est différent : maux de gorge, maux d’oreilles, examens médicaux périodiques, entorses, pneumonie, information sur la contraception et suivi, tests de PAP, examens des enfants bien portants, soins de santé de l’enfant et examens prénataux, etc.

En matière de maladies chroniques, l’unité de médecine familiale de Regina a entrepris une approche proactive pour la gestion des soins des personnes ayant des troubles de diabète ou des maladies du coeur. Cela a fait appel à des réunions de « collaboration » ainsi qu’à de la planification / des rappels de programme au niveau des cycles d’amélioration de la qualité. Au moins une demi-journée est consacrée à ce sujet.

Puisque, historiquement, l’extension des services fait partie du rôle de l’IA et qu’être une ressource pour la communauté est une des valeurs du Département de la médecine familiale, je travaille une demi-journée par semaine au Al Ritchie Health Action Center. Ce centre regroupe une équipe de personnel non médical qui a comme objectif d’améliorer la santé en abordant les déterminants de la santé. Lorsque j’y travaille, je fais à peu près le même genre de travail en plus d’offrir des soins des pieds à quelques pensionnaires. J’effectue aussi des visites à la maison lorsque cela est nécessaire.

*Ce qui est vraiment formidable au sujet de la médecine familiale, ce sont les relations que l’on crée. Par exemple, une jeune femme est venue me voir pour un examen de santé périodique qui comprenait de l’éducation sur la contraception et la santé, en préparation pour son mariage. Après coup, sa mère a commencé à venir me voir. Après une période de temps, la jeune femme a amené son mari avec elle après avoir essayé, sans succès, à concevoir un enfant. Tôt par la suite, je partageais avec elle, son mari et sa mère, pendant une visite familiale, les résultats positifs d’un test de grossesse! J’ai effectué son premier examen prénatal. À ce moment, nous avons collaboré avec son médecin pour planifier les soins prénataux et l’accouchement, ensuite j’ai effectué les examens prénataux lorsque le médecin de famille était absent. Nous avons passé cette période cahoteuse et remplie d’émotions ensemble, maintenant avec son mari et sa mère, tandis que la grossesse a survécu la menace d’une fausse couche. Aujourd’hui, je prends plaisir à regarder sa magnifique petite fille grandir lorsque je les vois pour les examens des enfants bien portants et des problèmes mineurs comme les maux d’oreilles. Je continue également de voir la mère et la grand-mère du bébé pour leurs consultations gynécologiques de dépistage. La vie est vraiment gratifiante lorsque mon travail me permet de bâtir des relations comme celles-là qui réunissent à la fois larmes et plaisirs pour tout ce que la vie nous donne! J’ai souvent dit, et je continue de penser, que je suis l’infirmière la plus chanceuse de la Saskatchewan.

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