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Responsabilité professionnelle – 2e
partie
« Il devient de plus en plus évident que nous
sommes pris entre deux feux en tant qu’infirmières et
infirmiers. D’un côté, comme professionnels, nous
avons la responsabilité de répondre aux besoins des
patients dans les soins que nous prodiguons. Par ailleurs, nous sommes
contraints par nos obligations d’emploi. Celles-ci refusent
de reconnaître notre jugement en ce qui a trait à la
définition et l’identification de ce que sont des pratiques
sécuritaires et des soins de qualité.
La situation est devenue si grave que la majorité des infirmières
et des infirmiers reconnaissent que la responsabilité envers
l’employeur entre en conflit avec l’éthique professionnelle.
L’employé a le droit et le devoir de protester, d’identifier
et de documenter le conflit. » (Mise à jour
de la procédure de documentation, SUNSPOTS, décembre
1980, vol. 6 no. 4, p. 3).
Les membres de la SUN qui étaient présents lors de l’assemblée
générale annuelle de 1980 ont adopté une résolution
dans le but de donner aux infirmières et aux infirmiers un outil
solide pour les aider à régler la question de la responsabilité professionnelle
du personnel infirmier. Ce dernier se doit de protéger la sécurité des
patients, mais il a aussi l’obligation de se plier aux directives
de l’employeur, lesquelles peuvent parfois compromettre la sécurité des
patients. La résolution adoptée stipulait que : « Le
syndicat développe et donne accès à une procédure
de documentation qui comprend l’utilisation du formulaire de
responsabilité professionnelle ». (SUNSPOTS,
vol. 6 no. 2, 20 juin 1980, p. 12).
La SUN a recruté Nancy Davis (une ancienne infirmière
gestionnaire) pour combler le poste d’agente des relations de
travail. On l’a assignée à l’instauration
de la procédure de documentation, qui a vu le jour le 24 novembre 1980 à titre
de projet pilote. Larry LeMoal, qui est présentement agent des
relations de travail à la SUN, se rappelle ce qui motivait Davis : « Nancy
m’a dit qu’elle n’était pas venue travailler
pour la SUN parce qu’elle croyait aux principes syndicaux, elle
n’y croyait pas. Elle est venue travailler pour la SUN parce
qu’elle pensait pouvoir aider les infirmières et les infirmiers à utiliser
le pouvoir de la procédure de documentation pour améliorer
la sécurité des patients et la qualité des soins,
ce qu’elle n’avait pas réussi à faire en
tant qu’infirmière gestionnaire. »
À l’assemblée générale annuelle
de la SUN en 1981, les infirmières et les infirmiers ont voté une
résolution qui demandait au comité de négociation
d’inclure dans les discussions une clause sur la responsabilité professionnelle.
Cette clause est apparue dans la convention collective de 1982-1983.
Les infirmières et les infirmiers qui s’inquiètent
de la sécurité des patients peuvent maintenant suivre
une procédure officielle :
- « Communiquez immédiatement avec votre supérieur… afin
de l’informer de la situation et lui donner la chance de participer à la
résolution du problème. »
- « Remplissez
le formulaire de responsabilité professionnelle
en spécifiant les raisons qui vous empêchent de prodiguer
des soins sécuritaires au patient… »
- « Les
formulaires sont distribués conformément
aux directives… »
- « Les incidents documentés
seront examinés
par le comité de la documentation et un administrateur des
soins infirmiers lors d’une réunion du Comité consultatif
en soins infirmiers. »
« Si on considère les infirmières et les
infirmiers comme des professionnels, ils doivent pouvoir prendre part
aux décisions et aux politiques qui affectent nos vies et la
qualité des soins que l’on prodigue. » Joan
Fockler, présidente du comité de négociations
de la SUN, décembre 1987, vol. 13 no. 10.
« Certains gestionnaires d’hôpitaux tentent
d’empêcher les infirmières et les infirmiers de
remplir les Rapports des conditions de travail en émettant
une politique de confidentialité » (Documentation
de la SUN sur la responsabilité professionnelle : rapport
du Comité, SUNSPOTS, avril 1987, vol. 13 no. 4,
p. 17). Le comité a noté que ces politiques de confidentialité allaient à l’encontre
de l’article 38 qui reconnaît aux infirmières
et aux infirmiers le droit de documenter leurs inquiétudes
et d’en faire part aux gestionnaires.
Année Rapports des
conditions de travail remplis
1985 305
1986 60
1987 201
SUNSPOTS, vol. 14 no. 7, septembre 1988, p. 7.
Des débuts du programme en 1980 jusqu’en septembre 1988,
les infirmières et les infirmiers ont rempli 882 rapports, mais
les résultats ont été variables. D’après
Cindy Irwin, qui était présidente de la procédure
de documentation de la SUN, « alors que certains comités
se rencontraient dans un esprit de confiance et de bonne volonté,
d’autres vivaient beaucoup plus de tension : les gestionnaires
se sentaient menacés dans leur autonomie quand on abordait les
problèmes de dotation en personnel, de charges de travail et
d’autres problèmes auxquels faisaient face le personnel
infirmier… »
« … C’était évident qu’on
ne permettait pas encore aux infirmières en soins généraux
de participer à la définition de leurs conditions de
travail et des soins aux patients. Tout était encore imposé.
Cela a aussi mis en lumière le fossé qui s’agrandissait
entre le leadership des gestionnaires de la santé qui déterminaient à distance
la dotation en personnel, et le personnel infirmier qui travaillait
avec les malades et qui devait supporter la situation actuelle » SUNSPOTS,
avril 1988, vol. 14, no. 4 p. 11.
« À cause du formulaire inadéquat, l’opposition
des gestionnaires et les pressions de la Saskatchewan Healthcare
Association à la table des négociations (concernant
l’article 38 et la confidentialité), les comités
consultatifs à l’intention des infirmières et
des infirmiers ne nous ont pas permis de préparer le changement
dont nous avions tant besoin pour améliorer les conditions
de travail et la sécurité des soins aux patients. » (Cynthia
Irwin, présidente, comité de la documentation, SUNSPOTS,
mai 1988, vol. 14 no. 5, p. 5.)
En 1986, les infirmières et les infirmiers ont rempli 60 rapports
des conditions de travail. En 1987, leur nombre est passé à 201.
« Le comité consultatif sur les soins de santé est
un problème important pour les membres de la Saskatchewan
Healthcare Association (SHA), et en particulier la question de
la confidentialité… la SHA veut modifier la clause
pour s’assurer que la SUN ne pourra jamais divulguer au public
des informations sur la question de la dotation en personnel. » (Rapport
du comité de négociations du secteur hospitalier
SUN/SHA, SUNSPOTS, vol. 14, no. 5, mai 1988, p. 2).
Larry LeMoal, qui était agent des relations de travail à la
SUN et responsable des communications, se souvient du débat à l’intérieur
même de la SUN à l’époque. « La
Saskatchewan Healthcare Association (SHA) avait insisté pour
avoir un embargo sur les nouvelles pendant la poursuite des négociations.
La SUN avait accepté. L’embargo n’était pas
suffisant pour la SHA; elle essayait aussi de bâillonner le personnel
infirmier en affirmant que les rapports des conditions de travail étaient
confidentiels et qu’ils devaient rester à l’intérieur
de l’établissement.
En tant qu’agent des relations de travail, responsable
des communications, j’ai cru qu’il s’agissait là d’une
question importante pour mobiliser nos membres et nous attirer la
sympathie du public, alors j’ai écrit une note demandant
au comité négociateur de mettre fin à l’embargo
et j’ai suggéré que la SUN dépose une
contre-proposition sur la table. Dans cette contre-proposition, on
ajoutait un comité d’évaluation indépendant
pour régler les questions non résolues. Ainsi, on empêcherait
la demande de confidentialité, mais on améliorerait
aussi la procédure actuelle du comité consultatif en
soins infirmiers.» LeMoal raconte qu’après
un débat passionné, le comité de négociations
a adopté la stratégie de communications et a décidé de
présenter une nouvelle proposition pour créer un comité d’évaluation
indépendant.
En mai 1988, la SUN a réagi aux protestations de la SHA qui
voulait toujours que les rapports de conditions de travail restent
confidentiels : la SUN a fait une proposition supplémentaire
qui renforçait le processus du comité consultatif en
soins infirmiers. Avec cette proposition, c’est un comité de
consultation indépendant composé de trois infirmières
ou infirmiers autorisés qui émettrait des recommandations
concernant les rapports de conditions de travail qui n’avaient
pas pu être résolus par les représentants de l’établissement.
(SUNSPOTS, vol. 14 no. 5, mai 1988, p 2.)
« Au cœur de la dispute : le comité consultatif
en soins infirmiers et la question de la confidentialité. La
SHA reste inflexible : elle refuse que les membres de la SUN puissent
parler publiquement de leurs inquiétudes quand ils voient des
problèmes de sécurité dans les soins de santé;
des problèmes qui sont causés par la dotation en personnel
(modèles retenus, niveaux de remplacements et situations particulières). » Joan
Fockler, présidente du comité négociateur pour
la SUN, vol. 14 no.7, septembre 1988.
Une victoire pour des soins sécuritaires
90 % des membres de la SUN ont voté; ils ont donné au
comité négociateur un message clair : 82 %
ont voté en faveur du déclenchement d’une grève.
Pendant six jours les services ont été interrompus.
Les grévistes ont aussi participé à un grand ralliement
le 12 octobre au Regina Exhibition Grounds.
Deux jours plus tard, le 14 octobre, la SHA a finalement accepté de
reconnaître officiellement, à la demande de la SUN, les
rapports de conditions de travail de la SUN. Les demandes suivantes
ont aussi été accordées :
- la protection contre le harcèlement et la discrimination
des infirmières et infirmiers qui rédigent un tel rapport;
- la création d’un comité d’évaluation
indépendant (composé de trois infirmières ou
infirmiers autorisés) qui fera des recommandations aux employeurs
au sujet de questions d’exercice de la profession infirmière
qui n’auront pas été réglées dans
les établissements concernés.
D’autres questions en litige ont aussi été réglées
et la grève était terminée.
Une main de fer dans un gant de velours
(SUNSPOTS a constaté que même les étoiles étaient
alignées en faveur de la SUN ce jour-là… Voici
le texte de l’horoscope du président Paul Kuling pour
le vendredi 14 octobre (le jour de l’entente) « soyez
diplomates, mais assurez-vous que les autres savent que vous avez des
alliés. Parlez doucement, portez vos gants de velours, mais
n’oubliez pas que vous avez des mains de fer. Votre message sera
de plus en plus clair. Concentrez vous sur le travail, des personnes à charge
et des droits essentiels. »
« Les membres de la SUN ont mené une lutte ardue pour
s’assurer qu’ils ne seront pas bâillonnés
par lesemployeurs; ceux-ci aimeraient bien les voir
suivre l’adage « sois beau et tais-toi ». » Chris
Rawson, directeur général de la SUN, SUNSPOTS, vol.
14 no. 9, novembre 1988, p. 3.
Décisions exécutoires du Comité d’évaluation
indépendant
Dix ans plus tard, la SUN s’est rendu compte que certains employeurs
s’étaient donné le droit d’ignorer les décisions
rendues par le Comité d’évaluation indépendant.
Par conséquent, la conférence sur la négociation de
la SUN s’est adressé au comité qui allait négocier
une clause qui rendrait exécutoires les décisions du
Comité d’évaluation indépendant, comme celles
des conseils d’arbitrage.
Cette demande a été un des points en litige qui a mené à la
grève de 1999, et un des derniers à être réglés
pendant la grève.
Cependant, même si l’entente de principe stipulait que « les
décisions du Comité d’évaluation indépendant
seraient exécutoires », on retrouvait aussi la mention
suivante : « Le Comité sera composé d’un
représentant de l’employeur, un représentant du
syndicat et un président impartial. (3) Il doit y avoir
une liste de cinq personnes qui font l’objet d’un accord
pour le poste de président. »
SAHO demandait que les représentants du Comité d’évaluation
indépendant, même le président, n’aient plus
besoin d’être infirmières ou infirmiers.
http://www.sun-nurses.sk.ca/about_history/1999_strike_settlement.html
13. Article 52 – La composition du Comité d’évaluation
indépendant ainsi que les procédures que doit suivre
ce comité doivent être décidées en arbitrage
exécutoire avec un conseil composé de trois personnes.
L’audience devra avoir lieu au plus tard trois mois après
la signature de l’entente de principe.
http://www.sun-nurses.sk.ca/about_history/1999_strike_settlement.html
La décision des arbitres a mené à l’adoption
de la position de SAHO, c’est-à-dire que le Conseil d’évaluation
indépendant n’est pas obligé d’être
composé d’infirmières ou d’infirmiers autorisés,
mais les décisions du Conseil sont maintenant reconnues comme étant
exécutoires pour les employeurs.
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