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Responsabilisation professionnelle – 1re
partie
Tout un dilemme pour les infirmières et les infirmiers.
D’un côté, ils ont la responsabilité professionnelle
et déontologique de protéger l’intérêt
des patients. De l’autre côté, on s’attend à ce
qu’ils se conforment aux directives des employeurs, même
quand ces directives compromettent la sécurité des patients.
Dans un petit hôpital, la seule infirmière autorisée
de garde pendant la nuit peut être débordée avec
les nouvelles admissions ou les patients en état critique qui
deviennent soudainement instables et qui requièrent toute son
attention. Elle sait qu’elle a besoin d’un autre collègue
pour pouvoir soigner ses patients en toute sécurité.
Elle appelle son superviseur et lui demande la permission d’appeler
un ou une collègue en renfort. Le superviseur répond : « Non,
nous avons déjà dépassé le budget, il faut
que tu te débrouilles ».
Si elle obéit à son superviseur, elle ne répond
plus aux standards professionnels; elle risque donc de faire face à des
mesures disciplinaires de la part de son association professionnelle
ainsi qu’à une responsabilité légale si
un patient juge qu’elle lui a causé des préjudices.
Par contre, si elle désobéit à son superviseur
et qu’elle appelle un ou une collègue en renfort, elle
risque de faire face à des mesures disciplinaires de la part
de son employeur. Ces mesures peuvent aller de la suspension au renvoi.
Les infirmières et les infirmiers qui ont adhéré aux
syndicats voulaient plus qu’une protection contre les congédiements
injustifiés, des horaires impossibles ou des salaires et des
avantages sociaux insuffisants. Les infirmières et les infirmiers
comptaient sur leurs syndicats pour les aider à résoudre
le problème de « la responsabilité sans l’autorité ».
Dès les débuts de la SUN, on voulait que le syndicat
soit le représentant et le défenseur des infirmières
et des infirmiers qui s’inquiétaient désespérément
des soins aux patients. Or, les employeurs du système de santé se
sont opposés vigoureusement à toute disposition de l’entente
collective qui pourrait restreindre les « prérogatives
de l’employeur ».
Les nouvelles conventions collectives ne contenaient aucune disposition
qui obligeait les employeurs à prendre au sérieux les
inquiétudes du personnel infirmier concernant la sécurité des
patients. Les infirmières et les infirmiers ont décidé d’agir;
la SUN a développé de nouvelles stratégies et
de nouveaux procédés (indépendamment de l’entente
collective) afin de les appuyer.
En juin 1975, les six infirmières en soins généraux
du Broadview Union Hospital ont démissionné en bloc à cause
de « relations de travail qui se détérioraient
progressivement avec un des médecins. » Ce coup d’éclat
des infirmières a déclenché une enquête,
dont la recommandation était de suspendre les privilèges
du médecin en question (SUNSPOTS, Vol. 2 no1, mars 1976,
p. 6, 7).
Le 28 juin 1975, c’était au tour des huit infirmières
en soins généraux (i.e. tout le personnel infirmier autorisé)
du Birch Hills Memorial Union Hospital de démissionner. Elles
quittaient leurs emplois surtout à cause d’une « dispute
entre le médecin et l’administration de l’hôpital
qui concernait la mise à l’horaire de certaines chirurgies
majeures. Résultat : le médecin décidait
parfois de faire travailler les infirmières et les infirmiers
dans deux quarts de travail consécutifs. La qualité des
soins aux patients était inévitablement touchée
par cette décision » (SUNSPOTS, vol. 1 no 3, 8 août
1975, p.4).
(Le médecin a aussi été accusé et condamné pour
voies de fait simples contre une des infirmières. Il a accepté de
signer une déclaration où il rétractait les remarques
qu’il avait passées dans une réunion municipale.
Il avait tenu des propos diffamatoires en parlant des infirmières
et des infirmiers : il avait parlé d’eux en
employant des termes inappropriés en alléguant qu’ils étaient
responsables de la mort de patients. L’hôpital a été fermé de
juin 1975 à février 1976 (SUNSPOTS, vol. 2 no1, mars
1976, p. 7).
La SUN a décidé de mettre de la pression sur le Birch
Hills Hospital pour qu’il réintègre les infirmières.
Pour ce faire, le syndicat a utilisé la « liste grise ».
Cette « liste » était utilisée
par la SUN pour conseiller publiquement au personnel infirmier de toute
la Saskatchewan de ne pas offrir leurs services dans les hôpitaux
qui se trouvaient sur la liste grise.
La SUN a utilisé une autre fois la stratégie de la « liste
grise » quand 16 infirmières et infirmiers du
Watrous Union Hospital ont déclenché la grève
le mercredi 4 janvier 1978 à cause de deux cas problématiques
de dotation en personnel. En l’absence du directeur des soins
infirmiers, l’hôpital n’avait pas maintenu à l’horaire
le nombre habituel d’infirmières et d’infirmiers
autorisés. C’est une infirmière des soins généraux
qui remplaçait le directeur, et l’hôpital n’avait
engagé personne d’autre; il y avait donc une infirmière
de moins au chevet des patients. En plus, l’hôpital violait
une disposition de l’entente collective en refusant de fournir
une initiation au nouveau personnel infirmier. Un vote s’est
tenu au conseil d’administration de la SUN. Résultat :
le Watrous Union Hospital était placé sur la liste grise
jusqu’à ce que le conflit soit réglé. Le
20 janvier, un accord a été conclu et l’hôpital
a été retiré de la liste grise (SUNSPOTS, Vol.
4 no. 1, 20 janvier 1978, p. 3).
Même si les actions radicales comme les démissions en
bloc ou la stratégie de la « liste grise » réussissaient
bien en général, le personnel infirmier a fait pression
sur la SUN pour qu’elle négocie dans leurs ententes collectives
une meilleure dotation en personnel et des clauses qui assurent la
sécurité des patients.
Les 2 et 3 octobre 1975, on parvient à un consensus à la
conférence sur les négociations de la SUN en ce qui a
trait aux principales questions à négocier en 1976 : « Des
améliorations générales des conditions de travail
qui touchent entre autres les besoins en personnel, le nombre moyen
de patients à l’hôpital chaque jour, le droit de
déposer une plainte concernant les charges de travail et le
perfectionnement du personnel. » (SUNSPOTS, vol. 2 no.1,
mars 1976, p. 1).
« Il est résolu que la SUN incite fortement le
Programme de services hospitaliers de la Saskatchewan (S.H.S.P. : Saskatchewan
Hospital Services Plan) à mettre sur pied un indice du volume
de la charge de travail des infirmières et des infirmiers
qui soit obligatoire et fonctionnel. Cet indice sera le critère
qui déterminera le partage des postes d’infirmières
et d’infirmiers autorisés dans les hôpitaux de
la Saskatchewan. » Résolution adoptée à l’assemblée
générale annuelle de la SUN en mars 1976 (SUNSPOTS,
vol. 2 no. 1, mars 1976, p. 3).
Double responsabilité
En 1977, la SUN était bien consciente de la contradiction qui
existait entre la responsabilité du personnel infirmier autorisé envers
son employeur et sa responsabilité envers les patients. Elle
comprenait les raisons qui poussaient les infirmières et les
infirmiers à démissionner quand la situation devenait
intolérable.
SUNSPOTS cite un article de Lorne E. Rozovsky qui a été publié en
mars 1977 dans la revue Dimensions in Health Science. Dans cet
article, on fournit des conseils juridiques aux infirmières
et aux infirmiers : « si une infirmière ou
un infirmier autorisé pense qu’une pratique dite normale
par son employeur pourrait causer préjudice à un patient,
elle ou il devrait :
- Informer par écrit l’organisme employeur de ses
préoccupations et proposer des changements.
- Tout en respectant les politiques de l’employeur, demeurer
fidèle à l’éthique professionnelle du
personnel infirmier (donner des soins honnêtes et prudents).
Si les politiques de l’employeur sont incompatibles avec
les normes éthiques de la profession, l’infirmière
ou l’infirmier devrait démissionner. Le
fait de ne pas respecter ces normes peut entraîner des blessures
et la responsabilité de l’employeur, mais aussi celle
de l’infirmière ou de l’infirmier. »
(SUNSPOTS, vol. 3 no. 3, 13 mars 1977, p. 8.)
Les membres de la SUN qui étaient présents lors de l’assemblée
générale annuelle de 1980 ont adopté une résolution
dans le but de donner aux infirmières et aux infirmiers un outil
solide pour les aider à régler cette question. La résolution
adoptée stipulait que : « Le syndicat développe
et donne accès à une procédure de documentation
qui comprend l’utilisation du formulaire de responsabilité professionnelle ». (SUNSPOTS,
vol. 6 no. 2, 20 juin 1980, p. 12).
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